Sadio Mané, l’un des footballeurs les plus titrés d’Afrique et symbole de fierté pour le Sénégal, s’est élevé contre ce qu’il considère comme une partialité injuste dans les médias sportifs internationaux. L’ancien attaquant de Liverpool et du Bayern Munich, qui poursuit désormais sa carrière hors d’Europe, a critiqué la tendance des journalistes et des commentateurs à négliger ou à écarter les joueurs qui ne évoluent pas dans les championnats européens. « Pour vous, un footballeur n’existe pas s’il n’est pas en Europe », a déclaré Mané sans détour, s’adressant à la presse lors d’une récente intervention.
Les commentaires de Mané mettent en lumière un problème récurrent dans le journalisme footballistique : la prédominance des récits européens. Si les championnats européens – notamment la Premier League, la Liga, la Serie A, la Bundesliga et la Ligue 1 – restent les plus regardés et les plus puissants financièrement, ils ne sont pas les seules plateformes où se joue un football de qualité. Pourtant, pour de nombreux acteurs des médias internationaux, la reconnaissance commence et se termine souvent sur le continent.
Les critiques de Mané sont indissociables de sa propre trajectoire. Après avoir atteint le statut de superstar avec Liverpool, remportant la Premier League et la Ligue des champions de l’UEFA, il est devenu l’un des joueurs africains les plus célèbres de l’histoire. Son transfert ultérieur au Bayern Munich l’a maintenu sous les projecteurs européens, mais son transfert à Al-Nassr en Arabie saoudite, puis à Al-Qadsiah, a entraîné une baisse notable de la couverture médiatique internationale de ses exploits. Ce phénomène n’est pas propre à Mané.
D’innombrables joueurs ayant quitté l’Europe pour des contrats lucratifs en Asie ou au Moyen-Orient ont signalé une perte soudaine de visibilité dans les débats grand public sur le football. Même lorsqu’ils continuent à performer à un haut niveau, leurs matchs sont rarement couverts avec la même intensité que les rencontres européennes. Pour les joueurs africains en particulier, cela peut être frustrant. La Coupe d’Afrique des Nations (CAN), l’un des tournois internationaux les plus passionnés et les plus compétitifs au monde, bénéficie souvent d’une couverture médiatique moindre que le Championnat d’Europe. Mané lui-même, qui a mené le Sénégal à la gloire lors de la CAN 2022, sait pertinemment à quel point le football africain peut être sous-estimé aux yeux de la presse internationale.

L’enjeu n’est pas seulement une question de couverture médiatique, mais aussi de respect. Lorsqu’un joueur du calibre de Mané se sent ignoré simplement parce qu’il ne joue plus en Europe, on peut se demander si ce sport valorise réellement la représentation mondiale ou s’il reste attaché à des visions européo-centrées. Les propos de Mané alimentent un débat croissant sur la représentation du football dans le monde. Avec l’essor des championnats aux États-Unis, en Arabie saoudite, au Japon, en Chine et en Afrique, le football ne se limite plus aux frontières de l’Europe.
Des stars comme Lionel Messi, transféré à l’Inter Miami, Cristiano Ronaldo, qui a choisi Al-Nassr, et Neymar, qui a rejoint Al-Hilal, ont toutes remis en question l’idée traditionnelle selon laquelle le summum du football n’existe qu’en Europe. Et pourtant, le discours persiste. Lorsque Messi marque en Major League Soccer, la couverture médiatique le présente souvent comme « moins significatif » que ses buts en Liga ou en Ligue des champions.
Les propos de Sadio Mané sont plus qu’une simple frustration personnelle ; ils critiquent le parti pris eurocentrique du football. Ses mots reflètent le vécu de nombreux joueurs qui se sentent dévalorisés une fois qu’ils quittent l’Europe, quel que soit leur impact continu sur le terrain. Le football est un sport mondial, pratiqué et apprécié sur tous les continents. Pour honorer cette vérité, les médias doivent élargir leur perspective.
Reconnaître les joueurs non seulement en Europe, mais aussi en Afrique, en Asie et dans les Amériques enrichirait le récit de ce sport et valoriserait les contributions des athlètes du monde entier. En tant que l’un des plus grands ambassadeurs du football en Afrique, la voix de Mané est porteuse. Son appel à l’équité ne vise pas à dévaloriser l’Europe, mais à élever le football au rang de communauté véritablement mondiale.